A redécouvrir de toute urgence : « La paroi », roman de Pierre Moustiers paru en 1969

« Au fond, la réalité n’est pas immuable. Ce sont les hommes qui ont l’esprit étroit. Le rêve les inquiète ; ils dressent contre lui des machines énormes ; mais le rêve est partout, derrière la machine, attendant son heure ».

La paroi, c’est d’abord la montagne. Abrupte. Hostile. Glaciale et tranchante, implacable et meurtrière. La paroi, c’est aussi la frontière entre la vie et la mort, entre l’ici-bas et l’au-delà, ou bien entre l’être et le néant. La paroi, c’est, enfin, l’incompréhension et presque la haine qui divise Philippe et Anthime. Le premier a quarante ans. C’est un esprit raisonnable, père de famille, maire de Sainte-Rose, promoteur immobilier, passionné d’escalade, discipline dont il maîtrise tous les secrets, dans laquelle il excelle comme dans tout ce qu’il entreprend, car il est méthodique et volontaire. Anthime est son aîné de vingt ans, et, surtout, il est tout son contraire : rêveur, rebelle, solitaire, imprévisible, intransigeant. Tous deux sont craints et respectés, mais pas pour les mêmes raisons. Philippe est aimé et redouté car il est un homme de pouvoir, responsable mais féroce. Anthime plaît parce qu’il n’a peur de rien, parce qu’il est libre, parce qu’il a le rare courage de tout sacrifier à ses convictions, quel qu’en soit le prix, mais il suscite l’effroi par son intolérance inflexible. On le croirait presque un peu fou. Quand les deux protagonistes se rencontrent dans un refuge de haute altitude, on peut s’attendre au pire, surtout lorsqu’il s’avère que Philippe a volontairement rejoint Anthime… Ce-dernier sait qu’il ne fait pas le poids. Il s’est lancé à l’assaut du sommet en amateur, et la probabilité qu’il n’en revienne pas est très élevée… Il repousse l’aide que lui propose spontanément Philippe, dont il se méfie comme de la peste. Peu à peu, ces deux êtres complexes se révèlent et les motivations profondes qui les animent se font jour. Philippe espérait bien faire fléchir Anthime et lui racheter un terrain boisé, mais, au fond, il est venu chercher son absolution, parce qu’il s’est construit en opposition radicale envers son père, qu’il croit retrouver en Anthime. Celui-ci veut quant à lui en finir, dans une lutte qui est à l’image de toute sa vie…

Moustiers construit ses personnages et son récit avec beaucoup de subtilité, dans un style limpide et tendu, constamment accroché à la réalité de l’alpinisme, dont il semble tout connaître. Avec ce roman court et parfait, il a obtenu en 1969 le Grand Prix du Roman de l’Académie Française et le Grand Prix de Littérature Sportive. Cet écrivain français né en 1924 et décédé en 2016 mérite encore aujourd’hui toute notre attention. A redécouvrir de toute urgence.

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