Rock Wagram, roman de William Saroyan

« Un gars qui se rend compte que la vie est dégueulasse doit rester en pleine forme, fit Rock ». Cette phrase résume à elle seule l’esprit et le message de cette oeuvre parue pour la première fois en France en 1953.

Arak Vagramian est un américain d’origine arménienne. Il a grandi dans une famille de condition modeste, frappée deux fois par la mort, d’abord celle de son petit frère Haïg, puis celle de son père, qui s’est suicidé un an plus tard. Ces drames ne lui ont fait pas perdre sa soif de vivre, mais la blessure profonde qu’ils lui ont infligé déterminera manifestement toute sa vie. A la fois sombre et lumineux, il séduit sans le vouloir toutes les personnes qui l’approchent. A commencer par l’homme d’affaires qui l’engage comme chauffeur, puis les clients du bar où il est serveur et, enfin, un producteur de cinéma qui passe par là et qui fera de lui une vedette, sous le nom de Rock Wagram.

Célèbre à trente ans, il pourrait facilement échapper à la seconde guerre mondiale, mais il s’enrôle volontairement dans l’armée, à la surprise et au désarroi de ses proches, sans trop comprendre lui-même ses motivations. Peut-être est-il rattrapé par ses démons qui le poussent à chercher la mort ? Avant de partir, il se met en tête de se marier et de fonder une famille, quand rien ne lui prouve qu’il reviendra… Nombreuses sont les femmes prêtes à l’épouser, mais il choisit en toute connaissance de cause celle avec laquelle l’échec est certain… Ils auront deux enfants avant de divorcer. Anéanti par la séparation, il sombre dans la dépression et néglige sa carrière. L’oubli le guette et les dettes s’accumulent. Le décès de sa mère semble l’achever mais, contre toute attente, pris d’un sursaut, il accepte enfin un nouveau rôle, apparemment décidé à vivre, à survivre encore.

Le ton n’est pas triste, mais sombre et rugueux, avec cette musique propre à beaucoup de classiques américains du vingtième siècle. Le récit ne respecte pas la chronologie et se constitue de nombreux retours en arrière qui éclairent le passé du protagoniste. Il est entrecoupé de réflexions sur la nature humaine et sur l’existence, à travers lesquelles l’auteur exprime sa vision du monde, rigoureusement athée. Un peu long parfois, ce roman a sa mélodie et son charme.  L’atmosphère grise et dorée qu’il nous laisse en mémoire est peut-être la marque d’un texte qui mérite qu’on ne l’oublie pas ?

 

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