Les mots brisés, roman de Martin Danes

« Les Juifs finiront par être exterminés, vous verrez ça », écrivit dès 1931 le tchèque Karel Polacek, dans son roman intitulé « Les hommes hors-jeu ». Cette étrange prémonition a longtemps hanté son traducteur en français, Martin Danes, jusqu’à le pousser à la rédaction de son propre roman, « Les mots brisés », publié en 2020 aux Editions de La Différence.

S’inspirant de la vie et de l’œuvre en partie satyrique de Polacek, il retrace ses dernières années (Polacek est mort en déportation en 1945), déminant longtemps la tragédie et l’horreur par l’humour et la légèreté. Malgré la gravité du sujet, le texte se lit très facilement, sans nous épargner pourtant la monstruosité ni la barbarie. L’une de ses grandes forces réside dans cet étonnant contraste. Il constitue aussi un document très intéressant sur cette époque épouvantable et sur la vie de cet écrivain encore assez méconnu en France.

Conscient des zones d’ombres qui jalonnent la biographie de Polacek et désireux de préserver sa liberté de romancier, Danes a choisi de donner à son personnage le nom et le prénom d’un héros imaginaire inventé par Polacek lui-même dans son livre « La fille légère et le reporter », Karel Hirsch, mais ce texte publié en 1926 était lui-même fortement autobiographique : Danes construit ainsi un jeu de miroirs très élaboré et fascinant. A découvrir.

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