« L’isolée », roman de Gwenaëlle Aubry

Margot est la narratrice. Elle est en prison et nous raconte son histoire. Rien ne semblait la destiner à cette situation. Née dans la bourgeoisie provinciale, catholique et respectable, elle a poursuivi jusqu’à vingt ans un chemin tracé d’avance, celui d’une enfant, d’une adolescente et d’une jeune femme sans problème, intelligente, instruite, polie et réservée… Mais cette façade lisse et nette dissimulait un mal-être profond, un sentiment d’absence, de solitude, à peine formulé, qui pouvait la mener à tout. Montée à Paris pour y poursuivre ses études, elle y rencontre Pierre, un garçon de son âge, étudiant lui aussi et surtout militant d’extrême gauche, élevé dans un milieu plus modeste, par une mère célibataire déjà engagée dans cette famille politique. Ils s’éprennent l’un de l’autre et elle le suit dans sa révolte. Ils abandonnent les cours, se réfugient dans un squat et s’investissent dans une association d’aide aux démunis et aux sans-papiers. Peu à peu, ce garçon sensible se radicalise et l’entraîne avec elle dans une folie qui deviendra meurtrière…

Ces deux personnages attachants sont tout aussi crédibles que leur histoire tragique. Le livre dépeint un monde réel et relate de l’intérieur un fait divers sanglant. L’écriture est plaisante, originale, nerveuse et juste, empreinte d’une musique triste au rythme soutenu. Gwenaëlle Aubry revisite Mauriac et Zola sur un ton résolument moderne. Elle nous offre un texte à la fois classique et d’aujourd’hui. A noter que sa première parution chez Stock en 2002 fut suivie dès 2003 de « L’isolement », chez le même éditeur, auquel nous consacrerons la prochaine page de ce blog. Actuellement, ces deux œuvres sont disponibles en un seul volume au Mercure de France et en Folio.

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