Une haine malsaine pour un Prix Goncourt, le roman de Jérôme Ferrari intitulé « A son image »

Un prêtre corse offre à sa nièce de quatorze ans un appareil photo, suscitant sa vocation de photographe professionnelle. Elle couvrira d’abord des événements sans importance pour un journal local, puis elle fera des reportages sur les terroristes indépendantistes, avant d’aller dans la Yougoslavie en guerre, d’où elle reviendra dégoûtée. De retour sur son île natale, elle y ouvrira sa propre agence, dédiée aux mariages, baptêmes, communions et autres festivités familiales. Elle trouvera la mort encore jeune dans un accident de voiture.

Ce récit n’est pas raconté de façon chronologique mais avec d’incessants retours en arrière. Il est en outre entrecoupé de courtes biographies de photographes obscurs ou célèbres et d’anecdotes sur l’histoire de cet art, qui n’en est pas un aux yeux de Jérôme Ferrari. Pour lui, il s’agit d’une pratique soit futile, soit obscène. Ce point de vue teinté de considérations religieuses est développé avec une véhémence un peu malsaine et peu convaincante. En revanche, ses personnages crédibles, pas toujours sympathiques, sont très réussis. Le roman tient la route, nous offrant des morceaux de vie intéressants qui sont suffisants pour le justifier.

L’auteur n’ose pas encore écrire simplement. Il en résulte un style un peu disgracieux et bancal, mais non dénué de charme, comme une musique dodécaphonique qui sied parfaitement à son univers torturé et fascinant.

Le titre fait référence au métier de son héroïne, mais aussi à la parole de la Bible, selon laquelle Dieu fit l’homme à son image, qui n’est guère flatteuse dans cet ouvrage. Malgré nos réserves, nous l’avons aimé et il nous incite à lire les autres textes de cet écrivain, que nous évoquerons dans ce blog.

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