Sérotonine, roman de Michel Houellebecq

Florent Claude est un quadra en grave dépression. Il quitte (salement) sa compagne. Il démissionne de son travail. Il abandonne son appartement et sa vie pour errer d’hôtel en hôtel en dilapidant l’héritage de ses parents. Sa santé mentale et physique se détériore rapidement. Le diagnostic est sans appel : cet homme est condamné, voué à mourir de chagrin. Durant sa lente agonie, il se remémore son passé, ses multiples ruptures, il se rend dans les lieux où il a été jadis heureux, il essaye vainement de renouer des amitiés et des amours perdus.

Il croise un pédophile allemand, qu’il surprend sur le fait, comme si sa descente aux enfers devait fatalement le confronter aux pires visages de l’homme. Il croise un agriculteur divorcé et éreinté de dettes, qui se tire une balle en pleine tête en face des CRS. Il s’installe en effraction dans un restaurant de campagne fermé pour la saison et, au bord de la folie, il est bientôt à un fil d’abattre un enfant, sous le raisonnement fallacieux de prendre sa place auprès de sa mère, qu’il a aimée autrefois, mais peut-être est-ce plus sûrement et inconsciemment pour commettre l’irréparable ? Il fait aussi de belles rencontres, qui manquent de peu de lui redonner espoir : un médecin sans illusion sur son prochain mais pourtant résolument humaniste et une jeune femme bouleversée par la souffrance qu’elle devine chez lui.

Houellebecq traite cette tragédie avec un humour féroce, parfois douteux mais souvent hilarant. Il déploie comme d’habitude un mélange bien dosé de noirceur absolue et d’empathie profonde. Il se montre à la fois abominablement misogyne et totalement épris des femmes. Il multiplie les provocations pour mieux crier son désespoir. Porté par son succès, il ne s’embarrasse guère avec la construction de son récit, qu’il balance brutalement au fil de la plume. Son écriture limpide et simple porte son histoire à merveille.

Si son œuvre est très inégale, « Sérotonine » est un grand cru, peut-être son meilleur livre, dans la lignée « Plateforme ».  Il est toutefois piquant de constater à quel point la psychanalyse dévoile la motivation inconsciente de ce livre alors même que Houellebecq déteste la psychanalyse ! En effet, la scène de pédophilie est un inceste inversé (l’inconscient utilise très fréquemment le processus d’inversion) et la volonté du narrateur de tuer l’enfant de la femme qu’il aime pour prendre sa place auprès d’elle témoigne de la nostalgie de l’amour maternel à jamais perdu : comme tous les hommes (qu’ils s’en rendent compte ou non), Houellebecq cherche sa mère…

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