Poétique, brutal, impitoyable est « La vraie vie », le premier roman d’Adeline Dieudonné

L’héroïne a dix ans au début du livre et quinze à la fin. Elle vit avec sa famille dans un lotissement pavillonnaire construit en lisière d’une forêt. Son cadet Gilles à quatre ans de moins. Le père travaille dans un parc d’attraction voisin. C’est un homme très violent, colérique et sadique, un chasseur qui empaille ses trophées et les expose dans une pièce spécialement consacrée à cet usage, «  la chambre funéraire », comme dit la narratrice, qui qualifie sa propre mère d’amibe tant elle est effacée, soumise, fréquemment battue par son mari.

La petite se réfugie dans l’amour qu’elle a pour son frère, qu’elle protège comme elle peut, mais il grandit et se rapproche de son père, adoptant à son tour un comportement de plus en plus hostile, sombre et inquiétant (on pense à l’adolescence du tueur en série Dexter, dans le feuilleton télévisé éponyme).

La grande force de l’ouvrage est d’éviter la caricature et de transcender les clichés qui le constituent grâce à un réalisme constant. L’auteure n’en fait jamais trop tout en ne nous épargnant rien. La poésie, l’humour et la tendresse désamorcent sans cesse la spirale infernale de cette histoire dont la férocité s’accentue au fil des pages, jusqu’à se terminer sur une terrifiante mise à mort.

La psychologie des personnages est juste, même celle du père, qui n’est pas décrit sans empathie malgré sa monstruosité. L’écriture est simple, efficace et toujours au service du récit. Chronique maîtrisée de bout en bout, « La vraie vie » frappe fort et laisse une trace indélébile dans la mémoire du lecteur.

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