Le festin de Babette, nouvelle de Karen Blixen

Cuisinière de haut vol au Café Anglais de Paris, Babette prend pourtant le parti de la Commune et doit fuir le pays en catastrophe sous l’assaut des Versaillais qui massacrent tous les siens. Elle trouve refuge en Norvège, où elle obtient un emploi de domestique auprès de deux vieilles filles de condition relativement modeste. Il s’agit de deux sœurs qui furent élevées par leur père, pasteur très apprécié dans le village. On raconte à son sujet mille anecdotes valorisantes et parfois fabuleuses. Par exemple, lorsque le mauvais temps l’empêcha pendant plusieurs jours d’honorer sa promesse de se rendre sur la rive voisine, il finit par affirmer qu’il irait le lendemain en marchant sur l’eau et, le lendemain, la surface gelée lui permit de le faire.

Babette parvient à se faire accepter de ce peuple austère, humble et très croyant en se montrant efficace, effacée et respectueuse. Elle réussit notamment à faire baisser les dépenses en négociant âprement auprès des commerçants, qui apprennent à la redouter. D’abord méfiantes, ses patronnes en viennent à l’apprécier énormément et à redouter qu’un jour elle retourne dans son pays. Leurs craintes redoublent quand elle gagne une coquette somme à la loterie mais, à leur grande surprise, Babette décide de la dépenser pour offrir un festin à tout le voisinage à l’occasion du centenaire de la naissance du pasteur. Les deux sœurs lui opposent d’abord un refus poli mais Babette réagit avec une violence inattendue, digne et offensée, leur rappelant que jamais jusqu’ici elle ne leur a demandé la moindre faveur et qu’elle leur a toujours donné satisfaction. Les deux pauvres femmes, douces et apeurées, s’empressent de revenir sur leur décision… Elles ne le regretteront pas car Babette concoctera un véritable festin qui ravira tout le monde et au terme duquel elle avouera avoir dilapidé tout son pécule et n’avoir jamais eu l’intention de repartir en France, où elle ne connaît plus personne.

A travers ce destin et cette anecdote, Karen Blixen peint avec une touche faussement naïve et une véritable connaissance du cœur humain les rapports qu’entretiennent les uns et les autres et l’opposition de deux mondes très différents. On est touchés par la noble gravité de Babette et par la simplicité des deux sœurs. Le style est léger, l’atmosphère teintée d’un lyrisme de bon aloi et le ton empreint d’un humour tout en finesse.

Ce texte rafraîchissant paru pour la première fois en France il y a plus d’un demi-siècle (en 1958 exactement) n’a rien perdu de son attrait.

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