Presqu’un chef-d’oeuvre sur l’euthanasie paru en 1958, « Il est plus tard que tu ne penses », roman de Gilbert Cesbron

Résistant durant la seconde guerre mondiale, Jean fut interné dans un camp de concentration, où il perdit sa foi. Dix années ont passé. Désormais âgé de quarante ans, il occupe une excellente situation dans une société de publicité et il est marié à Jeanne, qui ne travaille pas et qui se morfond d’autant plus qu’elle ne peut pas avoir d’enfant et que le couple a une employée de maison. Tout près d’accepter l’adoption d’un petit garçon, Jean renonce, alors même que cela aurait manifestement fait leur bonheur à tous les trois. Jeanne s’efforce de se ranger aux mauvaises raisons qu’il lui a opposées. Les années passent et Jean se contente assez aisément de cette vie. Il se persuade qu’il en va de même pour son épouse, en niant les évidences, jusqu’à ce qu’elle soit atteinte d’un cancer. L’auteur nous décrit toutes les étapes de la maladie, les rémissions et les rechutes. Il ouvre aussi un débat sur le Bien, le Mal, la religion catholique et l’athéisme, notamment à travers des discussions âpres et profondes entre l’avocat athée Bernard, un ami de la famille, et Bruno, le frère de Jeanne, qui est entré dans les ordres. Les deux hommes, qui se détestent, semblent trouver un accord autour de l’épreuve que traverse Jeanne : si elle guérit, Bernard remettra en cause sa conception du monde, pour la plus grande satisfaction de Bruno. Mais Jeanne tente de mettre fin à ses jours, avec du somnifère. Son mari la sauve in extrémis, en la forçant à vomir. Elle le supplie de la tuer. Il cède et lui administre un surdosage de morphine. Il entre ainsi à son tour en enfer, pour la seconde fois de son existence, après celui du camp. Il lutte contre le désespoir et la culpabilité. Au bord de la noyade, il pense trouver le salut en se dénonçant aux autorités. Son procès est l’occasion de longs débats sur l’euthanasie. Acquitté, il demeure la proie du remords qui le ronge sans lui laisser aucun répit. Dans l’espoir de retrouver un peu de paix et de redonner un sens à sa vie, il vient en aide aux malades. Il trouve enfin une forme d’apaisement, mais deux derniers coups de théâtre vont se produire, d’abord lorsqu’il découvre que Bernard est à son tour atteint d’un cancer, puis lorsqu’il doit s’occuper d’un petit malade de cinq ans en qui il reconnaît l’enfant qu’il a refusé d’adopter. Ce-dernier a horriblement mal et Jean lutte contre la tentation d’abréger ses souffrances. Son cauchemar recommence. Il est écartelé entre la prière et la révolte tandis que le petit agonise. Le roman aurait dû à notre sens s’achever ainsi, en suspens, afin de renvoyer le lecteur à ses propres convictions, mais Gilbert Cesbron qui appartenait à l’école des écrivains catholiques en a gâché la fin : son personnage laisse la maladie perpétrer jusqu’au bout son œuvre de destruction et, quelques jours plus tard, les journaux annoncent qu’une chercheuse française à découvert un remède efficace contre 95% des cancers… Outre cette fin que nous jugeons malheureuse, nous constatons aussi que l’écriture au charme désuet, empreinte ici et là de belles touches de poésie, est parfois un peu bâclée. C’est vraiment dommage, car cet excellent texte aurait pu être un chef-d’œuvre…

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