Swing time, roman de Zadie Smith

Ce roman est rédigé dans une écriture simple, blanche, correcte, qui manque parfois un peu de raffinement mais qui est efficace et juste. Il constitue la chronique d’une vie et d’un monde, en retraçant au quotidien, un peu comme un journal intime, le parcours de sa narratrice, une métisse dont la mère est jamaïcaine et le père anglais. Il s’ouvre dans une banlieue populaire de Londres où elle a grandi dans les années 1980. Sa mère militante parviendra au fil du temps à construire une improbable et magnifique carrière politique qui la mènera jusqu’au Parlement, mais elle néglige sa fille et son mari, un petit Blanc qui n’a d’autre ambition que de vivoter tranquillement et qui finira ses jours dans son ombre, à continuer à l’adorer bien après qu’elle l’ait quitté.

L’héroïne elle-même ne s’en sortira pas trop mal. Plus anonyme, elle conduit sa barque au fil de l’eau, accomplit une scolarité correcte et rentre un peu par hasard dans une société de communication, où elle rencontre sans l’avoir cherché une star mondiale qui l’engagera pendant dix ans comme assistante, l’entraînant dans son engagement auprès des enfants d’Afrique, permettant ainsi à l’auteure de développer son véritable sujet qui semble se centrer sur les rapports entre l’Occident et l’Afrique, les Blancs et les Noirs, en restant au plus près de la réalité et de l’individu. Ce qu’elle fait assez bien, sans jugement et avec discernement, brossant en 400 pages un constat qui semble juste, de la banlieue de Londres au cœur de l’Afrique.

Le texte fourmille de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, dont les destins se croisent, se nouent et se dénouent sans nous lasser. Il y a d’abord Tracey, l’amie d’enfance, passionnée de danse, élevée par sa mère blanche alors que son père noir est en prison ou en cavale. Talentueuse, orgueilleuse, tourmentée, intelligente et magnifique, elle parviendra à intégrer diverses troupes sans jamais sortir du rang, avant de revenir dans son quartier pour y élever les trois enfants qu’elle a eus avec trois hommes. Il y a le guide africain Lamin, sombre, orgueilleux lui aussi, partagé entre l’amour de son village et sa fascination pour l’Occident. Il y a la star, Aimée, dont le portrait est très vraisemblable, qui apparaît comme une assez bonne personne malheureusement un peu pervertie par la gloire et la puissance. Il y a Fern, un intellectuel blanc chargé du cadre légal des œuvres de bienfaisance, qui témoigne d’un regard perçant sur le monde sans parvenir pour autant à s’affranchir de son éducation. Et bien d’autres figures secondaires qui sont aussi très bien traitées.

Notre héroïne finira par se faire virer sans ménagement, du jour au lendemain, au moment où sa mère décède, et reviendra chercher un second souffle, un nouveau départ, dans son quartier d’origine. La dernière scène nous la montre passant devant l’immeuble de Tracey, qui danse sur son balcon avec ses enfants.

Ce bel ouvrage s’inscrit dans la tradition de la grande littérature historique et sociale tout en étant moderne, romanesque et accessible. Nous apprécions.

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