Théorème de l’assassinat, roman de Jean Streff illustré par Richard Laillier et préfacé par Claude Louis-Combet

Un homme affligé d’un pied-bot divague dans sa chambre, en contemplant une fissure au plafond, qui symbolise à la fois sa folie, la fracture du moi et la fente de sa mère. Un désir fou furieux de meurtre le hante. On ne saura pas s’il est déjà passé à l’acte, s’il s’apprête à le faire ou si tout cela n’est qu’un fantasme. La tension extrême de l’écriture traduit parfaitement la violence du propos. La narration s’ouvre sur la première personne du singulier, puis elle passe à la troisième, puis à la seconde, pour finalement revenir à la première, comme pour traduire l’éparpillement de la conscience du personnage, complètement explosée. Seul ce projet de meurtre lui permet de retrouver une unité. Tuer n’importe qui, mais tuer. Tuer n’importe qui, mais pas n’importe comment : il veut égorger avec un rasoir, comme s’il n’en avait pas fini avec la terreur fondamentale de la castration qui tourmente tous les hommes. Son pied-bot n’est-il pas une allégorie de ce complexe ?

L’histoire se limite à une ritournelle et, pourtant, le livre nous happe et on ne le lâche pas, jusqu’au bout. On pense à Georges Bataille bien sûr, mais aussi aux « Chants de Maldoror », à Baudelaire, au « Dernier jour d’un condamné »… Quel horrible et fascinant petit bijou !

A la fois magnifiques et repoussantes, les illustrations de Richard Laillier entrent en parfaite adéquation avec le texte : on a du mal à soutenir la vue de ces formes étranges et de ces corps torturés esquissés en noir et blanc.

A signaler enfin la très belle préface de Claude Louis-Combet, aussi puissante et sombre que l’ouvrage qu’elle présente.

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