Le silence de Sandy Allen, roman d’Isabelle Marrier

Ce roman est consacré à Sandy Elaine Allen (1955-2008), qui mesurait 2,32 mètres et qui fut déclarée « femme la plus grande du monde » par le Guinness World Records Book. Il nous fait découvrir une personne attachante, sensible, courageuse face à une épreuve qui débuta dès son enfance puisqu’elle avait à six ans la taille d’une adolescente de 15 ans. Issue d’un milieu très modeste, Sandy est née de père inconnu et elle fut élevée par sa grand-mère. Elle eut son heure de gloire quand Fellini l’a fit tourner dans son Casanova, mais elle vécut surtout d’un petit emploi de secrétaire et d’exhibitions et conférences qu’elle débutait par les mots : « J’étais un bébé de taille normale ». Elle pensait que les gens n’étaient pas satisfaits de leurs corps et que cela trahissait un désir absurde d’uniformité. Par sa seule présence, elle prétendait affirmer le droit à la différence. Du moins est-ce que nous en dit ce texte, qui laisse aussi la part grande à ses doutes et à ses souffrances, comme si ce discours n’avait en réalité pour seul but que de la convaincre elle-même, afin de l’aider à supporter son existence difficile. Isabelle Marrier avait déjà construit son premier roman (« La onzième heure », paru sous le nom d’Isabelle Pestre) sur cette possibilité de tirer profit d’une expérience douloureuse. Nous ne saurions dire si la malheureuse Sandy parvint à transcender un sort aussi injuste, mais l’auteure a su en tirer une œuvre poignante. Sandy termina ses jours en fauteuil roulant et s’éteignit à 53 ans, terrassée par la maladie et par son propre poids.

Le style travaillé d’Isabelle Marrier nous raconte cette histoire triste avec des phrases volontairement cassées, qui évoquent un mélange de blues et de country particulièrement bien adapté à ce drame.

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