Un curieux mélange de talent et d’immaturité, « A l’estomac », roman de Chuck Palahniuk

Une sinistre bande de minables est séquestrée par un fou qui les a attirés en leur faisant croire qu’ils participeraient à une retraite d’écrivains. Ils sont nommés par des sobriquets ridicules : Saint Descente de Boyaux, Miss America, Miss Eternueuse, Duc des Vandales, Dame Clocharde… Ils se sont aisément laissés convaincre car ils ne rêvent tous que d’argent facile et de gloire. Désormais prisonniers, ils se persuadent que cette aventure les leur procurera. Elle fera en effet selon eux la une des médias et sera adaptée au cinéma. Cette illusion les pousse à s’entre-tuer afin de lui donner plus de poids et de réduire le nombre de personnes qui s’en partageront les droits. Sur cette base, le récit décline à travers chacun d’eux moult travers de l’être humain et de la société américaine. Parfois avec une immaturité qui frise la niaiserie, mais aussi parfois avec imagination et talent. Toujours avec la volonté de provoquer l’indignation du lecteur et le scandale critique. L’auteur se jette à corps perdu dans une surenchère de descriptions répugnantes et de scènes d’horreur d’une violence extrême. Nous n’avons pas été sensible à l’humour gras et lourd avec lequel il tente peut-être de désamorcer un texte qu’il voudrait explosif… L’écriture est sans saveur, sans musique, sans beauté et ne parvient jamais à « toucher » la réalité. Pire qu’insipide, elle est inexistante. Cependant, quelques pages surnagent dans ce flot de vase nauséabond. On y trouve une « boîte à cauchemars » munie d’une horloge qui marque l’arrêt à l’improviste pour ne redémarrer que si une personne a regardé à l’intérieur mais tous ceux qui s’y risquent perdent systématiquement la raison et nul ne sait ce qu’ils y ont vu. On y trouve une hypothèse originale sur l’assassinat de Marilyn Monroe, qui, prenant de l’âge et sentant sa carrière décliner, aurait menacé ses producteurs de se suicider s’ils ne la relançaient pas. Comprenant trop tard que son suicide ferait leur affaire en lui conférant le statut d’icône et en rendant ainsi un nouvel attrait à ses films, elle les aurait cette fois menacés de léguer son héritage à une fondation soutenant toutes les causes honnies par l’Amérique bien pensante : nazisme, Ku Klux Klan, homosexualité… afin que le public se détourne définitivement de ses films. Si bien qu’ils auraient fini par l’assassiner et maquiller ce crime en suicide. On y trouve le secret de l’Au-Delà qui pousserait les gens à se suicider en masse et les gouvernements à exécuter les récalcitrants. On y trouve enfin l’idée que la terre est le tambour d’une immense machine à laver dans laquelle les âmes des êtres humains sont polies avant d’être expédiées ailleurs… Nous devons reconnaître que ces jolies pépites sauvent le livre du naufrage.

 

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