Ce premier roman est un coup de Maître : Pornarina, la prostituée à tête de cheval, par Raphaël Eymery

Un narrateur dont nous ne saurons rien ressuscite Sherlock Holmes afin de requérir son aide pour résoudre une série de meurtres par émasculation. L’étude des plaies démontre que les blessures ont été systématiquement infligées par les dents, ce qui implique une mâchoire anormalement puissante. Ainsi surgit le mythe d’une prostituée à tête de cheval, qui attire une quantité de savants fous, violeurs, pervers, sadiques, masochistes et autres détectives improvisés. Parmi eux, il y a Blazek, lui-même fils de siamoises et grand collectionneur de « monstres », pour reprendre le terme avec lequel il désigne tous les êtres difformes. Et sa fille adoptive, Antonia, une contorsionniste qu’il a recueillie après l’avoir trouvée parmi les clochards de Kiev, alors qu’elle n’avait qu’une douzaine d’années, et qu’il a élevée dans son univers morbide, lui enseignant toutes les pratiques permettant de tuer hommes et animaux, au sabre comme à mains nues. Il y a aussi Bérenger Rose, qui retrouva jadis le cadavre assassiné de la femme qu’il aimait, sur lequel un cafard nichait déjà, près du sexe, et qui, s’étant immédiatement pris de passion pour les blattes, a appris à les dresser pour les lancer sur les traces de Pornarina. Il y a Esorite, un riche héritier qui jouit lorsqu’il fait couler son propre sang, et qui vit avec une infirmière et quelques anciens taulards qu’il a enrôlés dans sa secte dédiée à l’expiation des crimes sexuels perpétrés par les hommes. Tous ont des motivations différentes : Blazek veut Pornarina pour compléter sa collection, Bérenger entend la sauver et Esorite veut qu’elle le tue en le castrant. On le voit : Pornarina est le miroir de tous les fantasmes et de toutes les terreurs secrètes des hommes, celles qu’ils refoulent au plus profond de leur inconscient. Mais, au fil du récit, au fil de la traque, on croit comprendre qu’Antonia serait peut-être la fille de Pornarina. Elle s’affranchit peu à peu de son maître et prend à son tour les hommes en haine, jusqu’à sombrer dans la même démence destructrice que Pornarina et à se lancer à son tour dans sa propre série d’exécutions. Ce roman est donc aussi celui d’une initiation sauvage au Mal absolu et à la haine totale. L’imagination débridée de l’auteur donne naissance à des pages véritablement sublimes. On pense réellement à Sade, Baudelaire, Lautréamont et, plus proches de nous, à Bataille et à Pierre Bourgeade. A la hauteur de ces immenses auteurs, Raphaël Eymery se réclame également des comics et des séries d’horreurs américaines, qui ont aussi leurs lettres de noblesse, n’en déplaise aux incultes et aux grincheux !

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