Réparer les vivants, roman de Maylis de Kerangal

Simon Limbres décède à 19 ans dans un accident de la route. Son cerveau est détruit, noyé dans son propre sang, mais son corps vit encore et il est désormais le sujet idéal pour un prélèvement d’organes. Débutant quelques heures avant le drame, ce roman retrace pas à pas les étapes de la transplantation du cœur, des poumons, du foie et des reins du jeune homme. Le récit s’attarde sur tous les acteurs de cette tragédie : Simon lui-même, ses parents, sa petite sœur, la femme qu’il aimait, ses amis, les différents médecins, chirurgiens, infirmiers et coordinateurs, une malade de 51 ans en attente de greffe… L’une de ses grandes forces réside dans ses personnages, qui sont denses, avec leurs propres caractères, leurs propres soucis, leurs espoirs, leurs bonheurs et leurs détresses. Ils tissent en toile de fond le grand spectacle de la vie. Maylis de Kerangal parvient à nous faire entrer dans leur quotidien, dans leur esprit, dans leur âme ? Elle n’ouvre aucune perspective sur un éventuel au-delà, ayant délimité son thème à la seule réalité tangible. Profondément humain, le texte est aussi un documentaire précis : l’ensemble du processus est décrit avec réalisme et minutie. Nous n’omettrons pas non plus sa dimension littéraire, notamment son écriture très travaillée qui se déploie en longues phrases rythmées par des virgules, colorées par des touches de lyrisme et suffisamment lestées de détails pour ancrer l’œuvre dans les faits. Une réussite !

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