Zoonomia 1, La dynastie des boiteux, roman de Bessora

La narratrice est une âme qui raconte la vie de l’un de ses descendants à la deuxième personne du singulier, comme si elle s’adressait à lui. Il s’agit de Johann Belloni, qui se fera appeler Du Chelieu, du nom d’un père qui ne le reconnaîtra jamais officiellement. Ce personnage est librement inspiré de l’explorateur Franco-Américain Paul Belloni Du Chaillu, né en 1831 et mort en 1903.

Né d’une union illégitime entre une esclave Réunionnaise et un aventurier Blanc, Johann se rend à Paris à l’âge de 15 ans, en 1846, avec la ferme intention de forcer son père à l’adopter. Son métissage ne se devine guère et il se garde bien de le révéler. Il est accueilli par Juliette, la jeune épouse de son père, en voyage au Gabon. Habile, il parvient à se faire loger chez elle en attendant le retour de son époux. Il trouve un emploi aux galeries naturistes Perrin. Tout se passerait bien s’il n’était torturé par une ambition dévorante, une rage effrénée de reconnaissance et par quelques visions soudaines au cours desquelles il est confronté à d’étranges esprits. Il parvient néanmoins à se maîtriser et à faire ce qu’on attend de lui.

De retour, son père l’accepte avec amitié, sans aller toutefois jusqu’à régulariser leur filiation. Ne perdant pas espoir, Johann attend son heure et continue à donner des gages de bonne conduite, jusqu’à ce que la révolution de 1848 fasse basculer la situation : sa belle-mère s’y fait tuer et son père, rompant ses attaches parisiennes, met en vente son appartement pour financer une nouvelle expédition en Afrique. Il emmène Johann avec lui. Les deux hommes se séparent au cours de ce périple. Johann vit du négoce avec les autochtones et se fixe pour but d’atteindre la gloire en tant qu’explorateur et en tant que chasseur. Il veut être le premier à abattre un gorille. Les vivants et les morts qui s’adressent à lui lors de ses hallucinations ne cessent de l’avertir : les gorilles abritent parfois l’esprit des ancêtres ! Mais il ne les écoute pas…

Roman d’aventure, fable sur l’héritage et l’identité, biographie, « La dynastie des boiteux » est aussi un ouvrage un peu mystique, qui oppose deux visions du monde et de la réalité : le matérialisme occidental et l’animisme africain. L’écriture est limpide. Le regard de Bessora est sans illusion sur la nature humaine comme sur le racisme, mais non dénué de tendresse. Il se teinte aussi de poésie et d’humour. On avale facilement ces 420 pages et on a hâte d’avoir la suite !

 

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