Le temps du twist, roman de Joël Houssin

Paru en 1990, ce classique du courant cyberpunk nous livre une terrifiante version du futur. Un virus incurable transforme les êtres humains en créatures stupides, violentes et anthropophages, communément appelées « zombies ». Seule une grande consommation d’alcool diminue considérablement les risques de contamination. Tout le monde est donc alcoolique et n’atteint jamais la cinquantaine. La jeunesse est désespérée et suicidaire. Une Nouvelle Eglise règne en maître sur l’Etat. Des robots se fondent dans la population pour la surveiller.

Houssin nous engage sur les pas d’une bande d’adolescents. L’un d’eux, issu de l’union d’une zombie et d’un riche humain, est en proie à chaque pleine lune à des crises de rage et de désir sexuel exacerbé qui le pousseraient à tous les crimes et à tous les viols s’il ne prenait soin de s’enfermer dans une cellule qu’il a fait aménager chez lui pour éviter de passer à l’acte. Tous s’adonnent non seulement à l’alcool, mais aussi aux drogues et à tous les plaisirs les plus destructeurs. Ils ont trafiqué le robot qui les surveille afin qu’il envoie aux autorités des rapports positifs. Récupérant tous les composants électroniques et informatiques à leur portée, ils aiment bricoler toutes sortes de programmes qu’ils appliquent à tort et à travers. C’est ainsi qu’ils ont créé un hologramme géant et animé qui reproduit une fête foraine des années 1960 où ils aiment se réfugier. Ils l’ont appelé « Le temps du twist ». Mais la machine se détraque et les propulse dans le passé. Alors qu’ils y survivent en pariant sur des courses dont ils connaissent les résultats avant qu’elles n’aient lieu, ils s’attirent les foudres des bookmakers et de la pègre. Ils sont aussi recherchés par les agents de la Nouvelle Eglise. Les paradoxes temporels se multiplient. Nos héros découvrent la faculté de passer d’un corps à l’autre. Le lecteur est confronté à des abymes fascinants sur la nature humaine, la possession, le temps, la réalité. L’écriture est rapide. Crédibles, les personnages échappent aux caricatures : Houssin parvient à rendre compte à merveille de l’adolescence, avec ses mélanges de faux cynisme, de naïveté, de révolte, de frustrations et d’excès. Embrassant tous les éléments d’une série télévisée bas de gamme, il construit une œuvre littéraire puissante, exécutant ainsi un fabuleux tour de prestidigitateur !

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