Un élément perturbateur, roman d’Olivier Chantraine

Ce roman débute et se poursuit longtemps sur le ton d’une farce parfaitement maîtrisée, amusante, tendre et acide, pour s’achever dans une tragédie qui nous émeut et nous révèle les rouages profonds des personnages.

Analyste financier dans un obscur cabinet de défiscalisation qui flirte avec l’inégalité, Serge Horowitz est compétent et très intelligent, mais ce ne sont pas ses aptitudes qui lui ont permis d’obtenir ce poste et de s’y maintenir. Il ne le doit qu’à l’appui de son frère François, ministre des finances. Car Serge est une sorte de Gaston Lagaffe. Il vit dans sa bulle. Il dit toujours ce qu’il ne faut pas dire. Il fait échouer les affaires.

Il est amoureux de sa collègue Laura, elle-même partagée entre ses aspirations professionnelles exacerbées et son attirance pour cet homme qui incarne une autre vérité. On se demande toutefois jusqu’à la fin si Laura ne joue pas un double jeu avec lui afin de se rapprocher de son frère, qui pourrait accélérer sa carrière…

François est tout le contraire de lui : déterminé, dur, féroce, sûr de sa force, terriblement ambitieux. Les deux frères ne se comprennent pas et leurs relations se déroulent sur l’air d’un perpétuel « je t’aime moi non plus ». Entre eux, il y a leur sœur ainée Anièce, qui aborde la cinquantaine en vieille fille, vouant son existence à arrondir les angles et à maintenir en place cette fratrie toujours sur le point d’exploser. Elle est pour Serge un rempart, presque une mère. A quarante-quatre ans, il est encore terrifié par la vie (on comprendra pourquoi à la fin) et vit toujours chez elle. Mais ses efforts ne parviendront pas à éviter le drame…

Se présentant à l’élection présidentielle, François en devient rapidement le grand favori, jusqu’à ce que Serge découvre les secrets du financement de sa campagne et transmette le dossier à la presse. Alors que le scandale éclate, Serge se réfugie dans la maison abandonnée de ses parents, que les enfants ne se sont jamais résolus à vendre. Il y revit le matin funeste où il y découvrit leurs cadavres. Ce dénouement n’est pas seulement un symbole d’une famille détruite, il éclaire aussi d’un jour nouveau le comportement de chacun, car leurs parents se sont suicidés, les livrant à eux-mêmes.

Le téléphone mobile de Serge ne cesse de sonner : son frère François, sa sœur Anièce et la belle Laura. Il ne répond pas. Il ne sait pas ce qu’il va faire. Fin de l’histoire. Drôle, bien écrite et bouleversante.

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