Personne, de Gwenaëlle Aubry

Ce livre se compose d’extraits de journaux intimes, de lettres et de manuscrits inachevés rédigés par un homme souffrant de graves troubles de la personnalité. Y sont mêlés des notes et des souvenirs écrits par l’une de ses filles, qui tente après son décès d’organiser ces fragments d’œuvre de façon cohérente. Gwenaëlle Aubry construit ainsi un portrait poignant en forme de miroir brisé.

Père de famille, fils de médecin, lui-même professeur de droit et avocat, cet homme sombre dans la démence, écartelé par ses contradictions, sans jamais cesser de lutter pour retrouver son unité éclatée, son « moi », diraient sans doute les psychanalystes. Mais ne cherche-t-il pas aussi, dans un double mouvement contradictoire, à se démultiplier pour mieux s’annihiler ? Comme s’il était à la fois en quête de sa propre personne et acharné à la détruire pour n’être personne…

Ce destin particulier nous pousse à la réflexion et nous comprenons que toute individualité n’est qu’une fiction : chacun bâtit la sienne afin d’affronter la vie et l’étrangeté du monde. De ce point de vue, il n’est pas injustifié d’avoir choisi de publier cet ouvrage sous le genre du « roman »…

L’écriture est juste. Le texte plein de retenue et de pudeur nous touche constamment. Cette souffrance et cette tragédie auront au moins donné naissance à un très beau livre, un magnifique hommage filial.

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