Les enfants du marais, roman de Georges Montforez

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Ce roman brosse la chronique d’une population modeste qui vit au cœur d’un marais dans la Loire en 1930. Le personnage principal en est Ragris. C’est un trentenaire qui est arrivé au marais une décennie plus tôt. Avant, il a sillonné la France sans jamais se poser, travaillant ici et là. Il s’est établi dans ce coin parce qu’il s’y plaît et parce que le vieux qui l’avait hébergé avait besoin de lui. A sa mort, il a hérité de sa cabane. C’est un homme brave et vigoureux, travailleur, gentil, serviable et généreux, mais un peu orgueilleux et timide envers les femmes. Il gagne sa vie en cueillant des fleurs qu’il revend, en ramassant des escargots et des grenouilles qu’il négocie à des restaurants, en s’offrant pour des travaux dans les fermes et les maisons voisines, en chantant sous les fenêtres des bourgeois. Il vit aussi de la pêche.

Pignolle, Mélie et leurs trois jeunes enfants habitent un taudis voisin. Pignolle aussi est gentil, mais c’est un fainéant qui ne pense qu’à boire et à dormir. Sans le soutien de Ragris, il sombrerait complètement et c’est pourquoi il accepte sans se rebeller l’ascendant que ce-dernier a sur lui. Sa plus grande crainte est de le voir partir, car il sait que son ami à l’âme bohème.

Amédée demeure un peu plus loin, dans une maison qui fut luxueuse mais qui tombe en délabrement. Elle avait été construite sur les instructions de son grand-père, qui avait des moyens confortables et qui rêvait d’établir une dynastie. Féru de littérature, Amédée relit constamment le journal de l’aïeul et La Bruyère. De caractère doux et rêveur, contemplatif, peu enclin au travail, il vit des dernières rentes de la famille, avec sa sœur et son père. Ces deux-là sont fous. La passion a emporté la raison de la sœur il y a longtemps (elle attend depuis plusieurs décennies le retour de son amour perdu, qu’elle guette toute la journée durant à la fenêtre de sa chambre) et l’âge a détruit celle du père, qui ne parle plus à Amédée depuis que celui-ci a refusé d’épouser une riche héritière quand il en était encore temps.

Pépé la Rainette, lui, s’est extrait du marais à force de travail quand il était encore jeune. Il a commencé par vendre ce qu’il récupérait dans les poubelles. Son commerce est devenu peu à peu une entreprise florissante, développée ensuite par son gendre, qu’il n’aime guère. Aujourd’hui à la retraite, il se languit de son passé et, fuyant dès qu’il le peut sa propre famille et ceux qui la fréquentent, il retourne au marais passer du temps avec ceux qu’il aime.

Tane, un conducteur de locomotive, rend lui aussi visite au peuple du marais. Il apporte à manger à Pignolle et bavarde avec Ragris.

Bien qu’il n’y ait pas vraiment d’histoire, le lecteur ne s’ennuie pas. Il s’attache à ces personnages simples et prend plaisir à les retrouver au fil des pages. L’auteur exprime à travers eux une philosophie de vivre, qui consiste à prendre les choses comme elles sont, à aimer les autres et à aimer la vie, à travailler juste ce qu’il faut pour rester digne. L’écriture simple et sans prétention trahit ici et là l’influence de Zola, mais rien n’est sombre ici. Au contraire, il émane de cette œuvre une paisible lumière. Le ton est parfois un peu naïf mais jamais niais : cette existence qui a ses bonheurs n’est pas si facile qu’elle n’en a l’air, et, d’hivers en maladies, Georges Montforez ne le cache pas. Mais les enfants du marais n’échangeraient pas leur destin contre un autre (sauf Pignolle et Mélie, peut-être). En somme, l’auteur nous offre une lecture agréable et réconfortante qui nous fait encore du bien, près de soixante ans après sa première parution, en 1958.

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