Le matin des magiciens, essai de Louis Pauwels et de Jacques Bergier

 

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Avec ce volume de quelques centaines de pages paru en 1960, Louis Pauwels et Jacques Bergier voulaient jeter les bases de ce qu’ils appelaient « le réalisme fantastique ». Il s’agissait d’adopter une ouverture d’esprit maximale afin d’échapper aux croyances établies lorsqu’elles ne reposaient pas sur des fondements solides et avérés. Il s’agissait d’étudier toute théorie et tout événement sans a priori, même s’ils se présentaient sous les apparences les plus loufoques. Le but était d’atteindre une conscience plus élevée, une meilleure connaissance du monde et de l’être humain.

Hélas, loin de la parfaite maîtrise que Pauwels avait démontrée six ans plus tôt avec son magnifique roman « L’amour monstre », il se noya cette fois bel et bien dans son sujet avec son compère. Partant à l’assaut tout azimut de toutes les légendes connues et imaginables, compulsant tous les vieux grimoires des alchimistes, dévorant les dernières publications scientifiques, traquant leurs vérités chez les anciens et les modernes, les philosophes, les chercheurs, les romanciers, les poètes, Pauwels et Bergier prêtèrent aussi l’oreille à tous les affabulateurs et donnèrent du crédit à tous les ragots fantastiques colportés dans les bistrots, les transports en commun ou même les cantines des collèges : ils mirent sur le même plan les thèses les plus sérieuses et les délires les plus sots. Ainsi, bien avant que l’ADN ne soit connu, ils évoquèrent l’atome de l’hérédité, mais ils évoquèrent aussi la manipulation télépathique de l’ensemble de l’humanité par d’ancestrales sociétés secrètes ou l’existence de gouvernements occultes américains et russes (c’était l’époque de la guerre froide) siégeant dans des satellites et d’autres idioties du même acabit…

La confusion du propos se traduit aussi dans l’organisation du texte, ou plutôt dans son inorganisation : il part littéralement dans tous les sens. Les auteurs y insèrent des nouvelles entières d’écrivains de science-fiction qui sont censées donner du poids à leur parole mais qui ne font qu’empirer l’embrouillamini.

Comme si cela ne suffisait pas, l’ écriture si juste et agréable avec laquelle « L’amour monstre » avait été rédigé fit ici place à des phrases insipides.

L’ensemble est bien indigeste, lourd, ennuyeux, confus et l’intention louable des auteurs n’est pas suffisante pour sauver ce naufrage.

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