Une abeille contre la vitre, roman de Gilbert Cesbron

une abeille contre la vitre

Le visage d’Isabelle Devrain est particulièrement laid mais son corps est très attirant. Dès l’enfance, elle est ostracisée par ses camarades d’école. Elle subit aussi le mépris de sa mère, qui s’ajoute à la concurrence déloyale que lui inflige sa sœur. Malgré l’amour de son père, elle s’enferme dans la rancœur. Aigrie avant l’âge, elle devient une jeune femme solitaire qui en veut à la terre entière et qui échafaude des théories particulièrement noires et pleines de ressentiment sur la nature humaine et les relations sociales, mais elle est prête à fondre à la moindre marque d’attention.

Le livre dévie peu à peu sur la place de la femme dans la société des années 1960 (il fut rédigé en 1964) et sur les rapports inégaux entre les deux sexes. Si les propos qui y sont développés à ce sujet sont justes, il faudrait aujourd’hui les enrichir et les compléter pour être plus équitable : l’homme actuel ne paraît guère mieux loti que sa compagne et ce n’est pas toujours lui qui s’en sort le mieux en cas de séparation, tant au point de vue affectif que légal… Le personnage de François préfigure cette évolution des choses : veuf, il sombre dans l’alcoolisme et la déchéance. Il ne surnagera qu’en se dévouant à un plus malheureux que lui, qui s’est retrouvé paraplégique par sa faute.

Marianne, la seule amie d’Isabelle Devrain, est ouvertement trompée et bafouée par le beau Francis, auquel elle est si attachée qu’elle lui pardonne tout. Suite à un accident de voiture, celui-ci se retrouvera défiguré alors qu’Isabelle, au contraire, finit par rencontrer l’âme sœur. Bien conçu peut-être, ce retournement final n’a qu’un effet limité à cause d’une fin bâclée, comme si l’auteur en avait assez de son récit.

Il faut évoquer enfin le président de l’entreprise dans laquelle Isabelle Devrain travaille, qui est aussi bien brossé que les autres protagonistes et qui donne lieu à un regard acéré sur le monde professionnel.

Ce roman bien écrit et sans illusion est riche par ses réflexions et par le réalisme de ses personnages. Il a aussi un charme suranné, dans la lignée de Mauriac et des écrivains catholiques. Cet auteur décédé en 1979 a eu son heure de gloire et il est un peu injustement déconsidéré aujourd’hui. A redécouvrir.

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *