L’école de la chair, roman de Yukio Mishima

l'école de la chair

Ce roman se déroule dans le Japon des années 1950-1960. Taéko est une élégante bourgeoise divorcée qui vit à Tokyo. Propriétaire de sa propre maison de haute couture, elle est libre de mener la vie qu’elle souhaite, alors que les mœurs d’avant-guerre n’ont plus cours. Elle passe ainsi d’un homme à l’autre et se confie une fois par mois à ses deux amies elles aussi divorcées, Nobuko, critique de cinéma, et Suzuko, propriétaire d’un grand restaurant. Les trois femmes mènent la même existence en profitant pleinement de leur indépendance.

Au-delà du bonheur, elles ressentent parfois l’effroi du néant, qui les pousse à goûter à tous les plaisirs qui s’offrent à elles. Joyeuses et dissimulant leur désespoir à leurs yeux comme à ceux des autres, elles sont de bonnes compagnies.

Taéko s’éprend de Senkichi, un homme plus jeune, barman prostitué dans une boîte gay. Elle sait immédiatement qu’elle va souffrir, mais elle fonce pourtant tête baissée dans cette relation sans avenir. Comme elle s’y attendait, Senkichi profite de ses largesses. Se laissant prendre à ses propres illusions, elle finit par être dupe d’elle-même et va jusqu’à l’accueillir chez lui et lui financer des études. Le présentant comme son neveu, elle lui ouvre les portes de son monde. Pragmatique et assoiffé d’ascension sociale, il en profite pour séduire une jeune femme de bonne famille, dont il conquiert aussi les parents, qui sont bientôt prêts à consentir au mariage. Qu’elle ait enquêté ou compris les choses par elle-même comme elle le prétend, la mère propose à Taéko de renoncer à la liaison sans issue qu’elle a avec Senkichi et de l’adopter afin de lui offrir son nom illustre qui permettrait d’effacer la différence de classe et de réaliser l’union qui ferait le bonheur de sa fille car, malgré (ou peut-être à cause) de ses origines, Senkichi lui semble posséder les qualités requises pour s’imposer à la direction des affaires dont il aura l’héritage s’il l’épouse.

Pas encore décidée sur la conduite à tenir, Taéko fait part de sa détresse à Téruko, un travesti que Senkichi a jadis fait souffrir. Téruko lui remet alors des photos très compromettantes pour Senkichi. Partagé entre l’amour et la haine, il ne sait plus quoi en faire et il permet à Taéko de les utiliser ou de les détruire.

Taéko surmonte l’épreuve en se raccrochant à l’image qu’elle s’est donnée d’elle-même, celle d’une femme forte et libre, qui connaît la vie et qui s’efforce de l’aimer. C’est pourquoi elle détruit les photos et adopte Senkichi. Quand Nobuko et Suzuko s’étonnent de la retrouver radieuse, elle leur affirme qu’elle est « enfin sortie de l’école de la vie », en redressant fièrement son buste mis en valeur par un tailleur haute couture des plus élégants.

Comme toujours chez Mishima, l’écriture est simple et juste, agréable et coulante, à la troisième personne de l’imparfait. Comme toujours, les profils psychologiques sont exacts et le trait n’est jamais alourdi par un excès d’analyse. Comme toujours, le milieu social est très bien retracé. Outre un récit qui se laisse lire et une histoire à la fois crédible et intéressante, ce roman constitue un témoignage sur la rapide évolution de la culture japonaise au lendemain de la seconde guerre mondiale. Il évoque aussi les obsessions de Mishima, douloureusement hypnotisé par le néant, au point de se réfugier dans l’idéalisation d’un mode de vie passé et de finir par se donner la mort. A noter cependant qu’il n’émet dans ce livre aucun jugement sur l’évolution de son pays ni sur ses personnages. « L’école de la chair » peut constituer une excellente introduction à son œuvre particulièrement forte et riche.

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