Le tumulte des flots, roman de Yukio Mishima

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Shinji est un jeune pêcheur qui vit sur l’île japonaise d’Utajima dans les années 1950, avec son petit frère et sa mère (le père est mort à la guerre). C’est un bon garçon qui se satisfait de l’existence qu’il mène. A ses yeux qui n’ont rien vu d’autre, les lieux qu’il habite sont les plus beaux du monde. Vigoureux, il est capable de faire cinq fois le tour de l’île à la nage sans une seule pause. Il entretient de bonnes relations avec tout le monde.

Il s’éprend d’Hatsue, une plongeuse de son âge qui descend en apnée pour récolter des algues. Leurs sentiments étant réciproques, une idylle se noue. La scène où il la voit nue pour la première fois est très belle. C’est par un jour de tempête. Ils s’étaient donné rendez-vous au phare et, arrivée la première, elle avait allumé un feu pour sécher ses vêtements. La métaphore du feu pourrait paraître un peu éculée, mais la narration est si juste que ces pages sont superbes.

Pour éviter les médisances, ils cachent leur passion mais, bientôt, le jeune Yasuo, fou de jalousie, la révèle à tout le monde, en ajoutant qu’ils sont passés à l’acte, ce qui est de la plus grande immoralité. Le scandale est d’autant plus vif que le père d’Hatsue est l’homme le plus riche du village alors que la famille de Shinji est très modeste.

Nous apprendrons par la suite que Yasuo a été lui-même trompé par Chiyoko, une autre fille du village secrètement éprise de Shinji. Ayant deviné l’idylle, c’est elle qui a lancé les rumeurs. Quand elle s’en repent, il est trop tard, le mal est fait : Terukichi, le père d’Hatsue, lui interdit de voir Shinji.

Les deux amoureux doivent redoubler de prudence, jusqu’au jour où, contre toute attente, Terukichi fait engager sur l’un de ses bateaux Shinji et Yasuo comme jeunes mousses. Au cours du premier voyage, Shinji se montre brave, allant jusqu’à risquer sa vie pour sauver l’embarcation. A son retour, Terukichi dévoile son plan : touché par le chagrin de sa fille, il avait décidé de mettre les deux garçons à l’épreuve avant de la donner en mariage. C’est à Shinji que revient le bonheur d’épouser Hatsue.

Si le scénario est totalement rebattu, il est en revanche complètement transcendé par le style limpide, par la crédibilité des personnages, par la description de l’île d’Utajima et celle des mœurs des gens qui la peuple. Ce joli petit roman est finalement une très belle miniature. Certes, la maîtrise de l’auteur n’est pas une surprise, mais on est étonné de cette lumière, de cette tendresse et de cet amour de la vie. L’œuvre de Mishima est en effet plutôt teintée d’un profond désespoir. Un désespoir qui l’a poussé au suicide en 1970, à quarante-cinq ans, mais qui lui a inspiré quantité de livres profonds et magnifiques, dont « Le pavillon d’or », « Le marin rejeté par la mer », « Une soif d’amour », « Confession d’un masque » ou encore « La mort en été » ne sont pas les moindres, mais nous y reviendrons…

 

 

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Une réponse à Le tumulte des flots, roman de Yukio Mishima

  1. Bessora dit :

    Suicidé quand même ? Merde alors… Mais tu nous mets en appétit, merci !

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