La nuit divisée, roman de Wessel Ebersohn

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Ce roman se déroule dans l’Afrique du Sud des années 1970. Yudel Gordon y exerce la profession de psychologue. C’est un bourgeois intellectuel Blanc, cultivé et bienveillant, qui s’accommode tant bien que mal des difficultés raciales auxquelles son pays est confronté, jusqu’au jour où la vie va l’obliger à y faire face.

La confrontation qui se révélera de plus en plus brutale se présente d’abord sous les traits anodins de Johnny Weizmann, un petit épicier Blanc qui a abattu une adolescente Noire de quatorze ans alors qu’elle volait des boîtes de biscuits dans la réserve de son magasin. C’est le tribunal qui le lui envoie. L’homme s’avère être un vieux fou amer qui, sous les apparences d’un homme simple et travailleur, est en réalité rongé par la rancœur et la haine. On ne sait guère comment il s’est enlisé à ce point dans les rouages du mal. On imagine que c’est sous le poids de la médiocrité de sa vie et de la solitude. Quoi qu’il en soit, ce personnage terrifiant apparaît avec une netteté sinistre et effrayante. L’auteur en brosse un portrait réaliste et tout à fait crédible. Des Johnny Weizmann, il en existe quantité à travers le monde, et pas seulement en Afrique du Sud. Il n’en est pas à son premier meurtre. Il a en effet l’habitude de laisser volontairement ouverte la porte de son arrière-boutique tard dans la nuit afin d’attirer les Noirs les plus pauvres pour les tuer froidement.

Yudel Gordon ne peut plus dorloter sa conscience. Il ne peut plus maquiller la réalité comme il l’a toujours fait pour maintenir la culpabilité à bonne distance. Contrairement à ce qu’on attend de lui, il rédige un rapport sans concession à l’encontre de son patient. Et les ennuis commencent. Les menaces succèdent aux rappels à l’ordre, puis vient l’heure de la torture. Il est pris à son tour dans la spirale de la violence, confronté à l’autorité d’un régime raciste et à la rébellion organisée.

Le style est sobre et limpide. Le caractère et la psychologie des protagonistes sont remarquablement retracés. L’apartheid prend vie dans ses pages, dans son quotidien, avec une densité impitoyable. L’Afrique du Sud des années 1970 est ici relatée dans toute son authenticité, saisie sur le fait (car le livre fut rédigé et publié à l’époque).

Cet ouvrage est à la fois un excellent roman et un témoignage lucide mené avec une acuité extrême. Le lecteur plonge immédiatement dans le récit, qui ne le lâche jamais. Un chef d’œuvre sombre et clairvoyant. A lire absolument.

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