C’est ainsi que la vie s’est arrêtée, roman de Corinne Wargnier

C'est ainsi que la vie

Armand Faulkner est un acteur vieillissant qui n’intéresse plus aucun producteur. Triste et désabusé, il prend quelques jours de repos dans la bourgade imaginaire d’Aticamparo, qui par son nom et son climat pourrait se situer en Amérique Latine, à quelques kilomètres de l’océan. Il y prend une chambre dans une pension tenue par Tessa, qui gère l’établissement seule avec Gab, son fils handicapé mental. Elle est très isolée depuis la mort du vieux Cornelius, qui avait la maison à charge avant elle, car les gens du coin la soupçonnent de l’avoir assassiné. Ils redoutent aussi son fils à cause de son comportement anormal. Pourtant, Tessa, qui a hérité de l’hôtel, aurait préféré ne pas avoir à s’en occuper. C’est une femme brisée qui tient debout en s’accrochant aux tâches quotidiennes et à l’amour qu’elle partage avec son fils. C’est une femme aimable et bienveillante envers ses clients, mais silencieuse. Comme ces trois protagonistes, les autres personnages sont englués dans le vide des choses : certains y ont plongé suite à la perte d’un enfant, d’autres par la fin d’une violente passion amoureuse, d’autres encore s’y sont enlisés par l’usure du temps et tentent vainement de retrouver la respiration à travers des relations adultérines bancales. Tous ces individus sont à la fois communs, banals, humains et profondément symboliques. Ce n’est pas par hasard si Faulkner se retire de la comédie, contraint et forcé…

Sous cet angle, Gab représente la pulsion animale, inconsciente : il aime se promener la nuit avec une lampe frontale et, passant des heures à bricoler un minibus, il est souvent couvert de cambouis. Quand il prend en charge le récit, il rappelle le narrateur du « Bruit et la Fureur ». On retrouve aussi l’univers du grand romancier américain dans la lourdeur ambiante, la chaleur, le poids des choses, l’accablement. Tout ça ne peut que mal finir. Gab se rend coupable d’une tentative de viol. Il est emprisonné et le roman s’achève sur cet enfermement. C’est sans doute une façon de lui donner une structure circulaire : l’histoire démarre sur le thème de l’isolement, elle tourne lentement autour de ce sujet et s’y achève, traçant une ronde qui est aussi une cellule. L’acte de Gab constitue en outre une allégorie. Il avait l’habitude d’épier les ébats du couple adultère et, dans son langage intime, il appelait l’amant : « l’homme qui fait l’œuvre du génie ». C’est-à-dire celui qui fait l’amour, celui qui ensemence, Dieu, en quelque sorte. Un Dieu pitoyable, un peu ridicule, assez impuissant et perdu. Et, lorsqu’il s’essaye à son tour à perpétrer « l’œuvre du génie », il devient l’image de ce Dieu monstrueux et déséquilibré.

Ecrit simplement à l’imparfait, l’ouvrage révèle dès les premiers mots le style d’un véritable écrivain. Il y a là une voix, assurément.

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Une réponse à C’est ainsi que la vie s’est arrêtée, roman de Corinne Wargnier

  1. Bessora dit :

    Le vide est une glue, assurément. Intéressante, la Corinne Wargnier ! Par ailleurs photographe.

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