La déchirure de l’eau, roman de John Lynch

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La déchirure de l’eau est une chronique de la vie de James, un jeune adolescent irlandais qui vit avec sa mère, alcoolique déprimée qui s’absente souvent de son modeste travail. Elle a sombré à la mort de son mari, le père de James, considéré dans le coin comme un héros pour avoir commis un attentat suicide dans un pub protestant. Nous n’apprendrons la vérité sur son décès qu’à la fin du livre, en même que James, qui pense tout au long de l’ouvrage être le fils d’un héros. Et nous ne saurons pas si son père espérait en réchapper, s’il voulait déposer la bombe et quitter l’établissement avant qu’elle explose. Ni s’il voulait vraiment faire des victimes : ses acolytes attendaient de lui qu’il tue un maximum de protestants, mais il n’aura réussi qu’à blesser deux personnes (dont une sévèrement) et à se tuer. Peut-être était-il lassé du combat ? Peut-être voulait-il en finir ? Ou bien c’était un vrai terroriste, qui voulait semer la destruction, et son projet s’est retourné contre lui… Nous ne le saurons jamais. Les dernières phrases suggèrent que James se libère d’un poids en apprenant la vérité. Il aime toujours son père, mais il a enfin fait son deuil. L’auteur n’émet pas de jugement.

Le volume se compose de 30 chapitres assez courts, tous rédigés en deux parties. Toujours écrit à la troisième personne du présent, le début des chapitres décrit la vie quotidienne de James, ses amitiés, ses bagarres, ses amours, sa scolarité, ses vacances, ses cours de théâtre, ses rapports avec sa mère puis avec Sully, le nouveau compagnon de sa maman, qu’il n’accepte guère… La fin des chapitres est imprimée en italique et écrite à la première personne du présent : James y réinvente ce qu’il vit, le transforme, le raconte à son père, se répand dans des rêves adolescents, plein d’affabulations, de violence et de poésie.

On pense à « L’attrape cœur » de Salinger. Lynch témoigne assez bien de l’univers des adolescents, à la fois naïfs et brutaux, enfantins et libidineux, fragiles et durs, renfermés sur eux-mêmes, pétris autant de fragilité que d’orgueil. Il rend compte aussi du climat tendu de l’Irlande profonde, de la haine qui oppose une partie de la population à la police, d’une sorte de guerre froide autour de l’indépendance et autour de la religion. Une narration au passé aurait peut-être été préférable pour une telle chronique, au sujet suffisamment lourd. Elle aurait sans doute rendu le style moins aride (le présent étant surtout utile pour tendre les phrases et en accélérer le rythme). La langue oscille sans cesse entre le réalisme et un léger lyrisme, parfois heureux (pas toujours).

Pour marque-pages : Permaliens.

Une réponse à La déchirure de l’eau, roman de John Lynch

  1. bessora dit :

    J’aime bien utiliser le présent quand je raconte le passé. Le présent est cinématographique. Mais j’aime bien les temps passés aussi, parce qu’ils ne se prêtent qu’à l’écrit.

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