Une espionne dans la maison de l’amour, roman d’Anaïs Nin

Anaïs NinSabina est une épouse infidèle, dans le New-York de l’Entre-deux-guerres. Elle utilise sa prétendue profession d’actrice pour tromper son mari. Alors qu’il la croit en tournée, elle passe d’une villégiature à l’autre chez ses différents amants. Ce postulat permet à l’auteur de disserter sur les relations amoureuses, sur le mensonge et sur l’identité : ne sommes-nous pas tous multiples et pétris de contradictions ? Mais ses ratiocinations psychologiques ne sont guère passionnantes. Les trop rares passages où l’auteur laisse la place à la simple narration des faits sont plus fluides et finalement beaucoup plus parlants. Anaïs Nin prouve alors qu’elle n’est pas dépourvue d’imagination, créant des personnages et des situations empreints d’une poésie naïve qui n’est pas désagréable à lire. Sabina croisera ainsi « le détecteur de mensonges », un homme mystérieux qui la surveille, personnifiant sa propre conscience. L’ouvrage aurait peut-être été meilleur si elle avait su mieux mettre à profit cette jolie trouvaille. Hélas, nous ne serons confrontés à ce « détecteur de mensonges » qu’au début et à la fin du texte. Entre temps, Sabina passera dans les bras d’un artiste métis qui joue du tambour, dans ceux d’un jeune aviateur psychologiquement détruit par la guerre, et elle partagera le lit de quelques autres dont il n’y a rien à retenir. Elle rencontrera un policier particulièrement compréhensif qui lui fera traverser une nuit entière dans sa voiture. Elle fera l’amour dans un ascenseur, comme Madame Bovary dans un fiacre, et, bien sûr, elle reviendra toujours se lover dans l’étreinte paternelle que lui offre Alan, son époux qui ne semble se douter de rien.

Dans sa préface, André Bay croit discerner un caractère autobiographique dans cette œuvre, mais il a l’honnêteté d’ajouter que l’auteur a démenti cet aspect. Il nous apprend aussi que le livre reçut un accueil assez froid outre Atlantique, où il parut en 1954, et plus chaleureux en France, où il fut publié dix ans plus tard, la critique croyant trouver dans le personnage de Sabina une image de la femme moderne, tiraillée entre la morale et ses aspirations personnelles.

Pour marque-pages : Permaliens.

Une réponse à Une espionne dans la maison de l’amour, roman d’Anaïs Nin

  1. Bessora dit :

    Je ne me souvenais pas que la Bovary s’était compromise dans un fiacre ! Encore une belle lecture de la Nin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *