La gouvernante italienne, roman d’Iris Murdoch

 

GIT

Des années après avoir quitté le manoir familial où il a grandi, Edmund y revient pour les obsèques de sa mère, que tout le monde appelait par son prénom, Lydia.

Edmund est un homme sobre et célibataire, modeste graveur sur buis, qui vit simplement. Sans doute ce choix de vie fait-il suite à ses rapports avec la défunte, dont on apprend vite qu’elle exerçait une emprise terrible sur son entourage.

Otto, le frère d’Edmund, n’a jamais quitté la maison. C’est un colosse un peu rustre, qui se montre parfois brutal. Il exerce la profession de sculpteur et de graveur sur pierre. Son entreprise n’est en réalité guère rentable et il a vécu jusqu’ici plus ou moins au crochet de sa mère, femme d’une rare avarice, qui a su faire fructifier son patrimoine par des placements judicieux.

Otto est marié à Isabel. Le couple a une fille, Flora, âgé d’une vingtaine d’années. David, l’apprenti d’Otto, et sa sœur Elsa sont également logés sur le domaine. Enfin, il y a la gouvernante italienne, Maria Magistretti, surnommée Maggie.

Le mari de Lydia, père d’Otto et d’Edmund, est décédé depuis plusieurs années.

C’est Edmund qui tient le fil de la narration. Son malaise et sa tristesse sont palpables dès les premiers mots. L’écriture est un modèle d’académisme et de correction. Les phrases s’enchaînent sur un rythme naturel, jamais trop courtes, jamais trop longues. Les mots sont justes. Sans fioriture et sans artifice, ce style limpide parvient à « toucher » la réalité. Le lecteur plonge dans une atmosphère inquiétante, étrange : une menace imprécise plane sur les protagonistes. Tous les habitants du manoir familial étaient étouffés par Lydia. Chacun d’eux attend d’Edmund une sorte de libération. Mais cet homme prude, coincé et ligoté dans sa bonne morale n’est pas armé pour comprendre la folie et les relations perverses qu’il découvre peu à peu, en même temps que le lecteur. Fascinés, nous sommes surpris à chaque nouvelle révélation et le suspense nous pousse à dévorer le livre jusqu’à la dernière page. Otto a une relation adultérine avec Elsa. Isabel en a une avec David, qui entretient également une idylle avec Flora. Il mettra les deux femmes enceintes. La fille avortera et la mère partira seule élever ce nouvel enfant qu’elle porte en son ventre, sans en parler à personne, si ce n’est à Edmund. Mais si David occupe le lit de la fille et de la femme d’Otto, n’est-ce-pas parce qu’il est épris de ce-dernier, dont il redoute et espère la colère ? L’auteur ne nous délivre par d’explications psychologiques. Il poursuit sa peinture, étoffe ses personnages, développe cette ambiance oppressante. Tout cela ne peut que mal finir. Et la maladresse d’Edmund ne peut que hâter la fin. Maggie, la gouvernante italienne, semble longtemps n’être qu’un témoin silencieux, mais il s’avère finalement qu’elle avait elle-même une liaison avec Lydia, et qu’elle est amoureuse d’Edmund, qu’elle a élevé. Comme on s’y attend, tout finit par exploser : Elsa trouve la mort, brûlée vive dans l’incendie qui ravagera une partie de la demeure.

Dans les deux derniers chapitres, Edmund refuse la pomme que lui propose Isabel, puis il en demande une à Maggie, qui la lui donne. Ainsi finit-il à son tour par croquer le fruit défendu. Acceptant l’amour de Maggie, il s’en va avec elle à Rome, la ville du Pape. On touche peut-être ici à la limite de cette œuvre forte : par ce symbole, l’auteur semble vouloir donner une portée supplémentaire à son travail, sans vraiment y parvenir. Mais ce magnifique roman n’en a pas besoin. C’est une peinture très belle, très juste et très prenante qui nous donne à voir les passions humaines. Rien de plus, rien de moins.

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2 réponses à La gouvernante italienne, roman d’Iris Murdoch

  1. cetilo dit :

    Style limpide du critique également. Bravo !

  2. roooh, je rougis, là 🙂

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