Mademoiselle Else, roman d’Arthur Schnitzler

MelleElseAvec un sujet qui pourrait paraître suranné et rebattu, Schnitzler nous livre un petit bijou très finement ciselé. Mademoiselle Else est une jeune fille de l’aristocratie viennoise. Les dates ne sont pas précisées dans le roman, paru en 1924, mais l’action semble se dérouler à la fin du dix-neuvième siècle ou au début du vingtième. Else est en villégiature dans une station thermale italienne, avec sa tante et son cousin, lorsqu’elle reçoit un pli urgent de sa mère, qui lui demande d’obtenir l’aide financière de Monsieur Dorsday, en vacances dans le même hôtel, afin d’éviter à son père un procès, le déshonneur et la prison : avocat véreux, celui-ci a l’habitude de solliciter son entourage pour le tirer d’affaires scabreuses. Cette fois, Dorsday pose une condition : il veut voir Else nue. Il assure qu’il veut seulement la regarder. Tiraillée entre la honte, la révolte et l’amour filial, Else devient de plus en plus hystérique à mesure qu’approche l’heure de s’exécuter. Va-t-elle le faire ou va-t-elle y renoncer ? Va-t-elle devenir folle ? Va-t-elle se suicider ? La tension porte le livre d’un bout à l’autre. On est touché par la naïveté, l’intelligence, la pudeur de cette toute jeune femme, mais aussi par son orgueil juvénile. Outre ce suspense, la force du livre tient aussi dans la psychologie du personnage, remarquablement exposée, sans aucune explication superflue : Else est la narratrice et le texte est un monologue. Elle ne s’analyse pas. Elle vit. Et le lecteur la découvre au fil de ses pensées. Le portrait est très juste et très réussi. Celui des personnages secondaires, qui apparaissent à travers son regard, l’est tout autant : Dorsday (très loin du cliché du vieux vicieux, il semble être un vieil homme doux et bon qui cède à la tentation de contempler une dernière fois la beauté féminine, sans réaliser la portée du mal qu’il va faire), le cousin Paul et son amie, la tante… Finalement, Else descend nue sous un manteau dans le restaurant, à l’heure du souper, et se dévêt devant tout le monde. Terrifiée par son propre geste, elle feint l’évanouissement. On la porte dans sa chambre, sans savoir qu’elle y a dissimulé du véronal, qu’elle avale d’un trait dès le premier instant d’intimité. Une tragédie magnifique. Un chef d’œuvre. On pourra y lire une métaphore du passage à l’âge adulte. Une allégorie du déclin de Vienne et de l’Autriche. Mais la beauté et la force qui émanent du premier degré d’interprétation sont amplement suffisantes…

Pour marque-pages : Permaliens.

2 réponses à Mademoiselle Else, roman d’Arthur Schnitzler

  1. Bessora dit :

    Véronal… ça fait mal !!! Bravo pour cette belle lecture en tout cas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *