Rome, roman d’Emile Zola

Rome

« Rome » est le deuxième volume de la trilogie des Trois Villes, après « Lourdes » (déjà évoqué dans ce blog) et avant « Paris ».

Le prêtre Pierre Froment, qui n’a pas retrouvé la foi mais qui n’a pas quitté l’Ordre, se dévoue aux démunis et continue de répandre la parole du Christ, parce qu’elle est juste et parce qu’il pense que la croyance en un Au-Delà meilleur est un baume pour l’humanité souffrante.

A trente-deux ans, il est cependant encore fougueux et plein d’énergie : il écrit un essai critique sur le catholicisme et le rôle du Pape, en appelant à une refondation de cette religion qui deviendrait le pilier d’une société meilleure. Comme l’auteur, il semble pressentir les atrocités qui frapperont le siècle suivant…

Mais l’ouvrage suscite les foudres du Vatican et l’humble curé se rend à Rome pour le défendre. Sur place, il est renvoyé constamment d’un cardinal à l’autre, tentant vainement d’obtenir des appuis qui ne cessent de se dérober sous ses pieds. Zola multiplie les magnifiques descriptions de la ville (comme il l’avait fait avec Paris dans « Une page d’amour »). Il brosse un portrait de son état politique et économique, de ses plus hautes instances jusqu’à son menu peuple. Il dépeint, avec une certaine caricature, l’âme italienne, indolente, violente, passionnée, frivole, égoïste et généreuse, sulfureuse… Il raconte l’histoire du pays, depuis la Rome antique jusqu’à l’unité. Comme souvent, il nous délivre des pages superbes, tout en s’enlisant dans l’emphase et dans ses tics d’écriture (mais on les lui pardonne car son œuvre est grandiose). Le dénouement est sombre, comme presque toujours chez lui : après avoir enfin obtenu une entrevue secrète avec le représentant du Dieu catholique sur la terre, il repart condamné, écœuré et révolté, nourrissant déjà un nouvel ouvrage plus violent, plus rédhibitoire, dans lequel il compte bien dénoncer tous les travers, la manipulation et l’orgueil qu’il a vus à l’œuvre et dont il a été la victime.

Jamais Zola n’a été plus visionnaire, même dans Germinal. Non seulement il soupçonne avec quelques décennies d’avance les désastres qui ont frappé le vingtième siècle, mais il va jusqu’à présager l’effondrement des croyances occidentales et l’avènement d’une nouvelle foi, avec une inquiétude légitime qui, hélas, fait aujourd’hui l’actualité.

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