Je dansais, roman de Carole Zalberg

Je dansais

Ce roman polyphonique donne la voix à plusieurs narrateurs. Il y a les personnages de l’histoire et d’autres qui interviennent comme en chœur pour lui donner une plus grande ampleur.

Les premiers nous font vivre un fait divers sordide : la séquestration d’une adolescente par un garçon à peine plus âgé. Défiguré lors d’une explosion au gaz et totalement perturbé, il s’est épris d’elle parce qu’elle l’a regardé sans répulsion ni crainte. Carole Zalberg nous fait entendre le monologue intérieur de chacun d’entre eux : leur détresse, leur douleur, leur rage, leur culpabilité… et finalement leur psychologie et surtout leur âme. Le texte donne aussi la parole à la mère et au père.

Les seconds dénoncent toutes les violences faites aux femmes (et aux jeunes filles) à travers le monde.

Pris au premier degré, le titre se rapporte à la passion à laquelle s’adonnait la petite captive, lorsqu’elle était libre et heureuse. Mais il a peut-être aussi une autre portée, comme s’il désignait une sorte d’essence de la féminité dont l’élan serait trop souvent brisé par beaucoup d’hommes. A ce second niveau symbolique, le visage détruit du garçon fait de lui une allégorie de la pulsion sexuelle masculine, qui peut être dévastatrice et ravageuse.

Avec un sujet si grave, le texte est chargé de douleur et de détresse, mais il n’est pas dénué d’espoir. Nous n’en révéleront cependant pas la fin, inattendue et pourtant réaliste.

L’écriture est remarquablement travaillée, avec des mots bien choisis et une expression puissante. Le style est à la fois tendu, réaliste et poétique, parfaitement apte à allier le récit et le chant.

Les fidèles de Carole Zalberg retrouveront dans cette nouvelle parution des thèmes qui lui sont chers, comme l’héritage des expatriés, la filiation des non-dits douloureux, les malentendus entre les générations… tous ces questionnements qui semblent la fasciner et qu’elle explore d’un livre à l’autre donnent ici corps à l’histoire tragique de sa petite héroïne.

« Je dansais » ajoute une pierre à une œuvre à la fois personnelle et universelle, propre à un auteur qui s’appuie sur son monde intérieur, ce qui est la marque des vrais écrivains. Dans la lignée d’une Marguerite Duras.

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