Lourdes, roman d’Emile Zola

Lourdes

Après avoir achevé les vingt volumes des Rougon-Macquart (tous exceptionnels hormis trois ou quatre un peu moyens), Zola a enchaîné sur une trilogie intitulée « Les trois villes », qui se compose des titres « Lourdes », « Rome » et « Paris ».

« Lourdes » nous présente une multitude de personnages, dont certains sont particulièrement marquants.

L’abbé Pierre Froment a perdu la foi mais il porte encore la soutane. Il entreprend son voyage à Lourdes dans l’espoir de renouer avec son Dieu. N’y parvenant pas, il ne renoncera cependant pas à son sacerdoce, convaincu que la foi apporte une consolation à ceux qui en ont besoin et qu’il faut pour cela la préserver.

Marie, son amour d’enfance, paralysée des jambes à la suite d’un accident, est hantée par une idée fixe : marcher à nouveau grâce à un miracle.

Résolument athée et aux portes de la mort, Le Commandeur se rend à la gare à l’arrivée de chaque train pour railler les croyants.

Une épouse malheureuse qui ne vit qu’à l’occasion des pélerinages où elle retrouve secrètement son amant.

Un enfant condamné, ses parents et sa tante, elle aussi malade. Le père et la mère désirent par-dessus tout que cette dernière soit emportée avant le petit afin d’avoir l’héritage. Le garçon a tout compris mais il n’en aime pas moins son papa et sa maman et il porte sur la vie un regard ironique et triste. Ses remarques amères nous révèlent son désespoir et sa maturité.

Elise Rouquet, défigurée, attend que la Sainte Vierge lui rende son visage.

Une mère et son bébé malade, qui mourra dans la ville sainte.

Un inconnu qui décède dès l’allée, dans le train, avant même d’atteindre la cité où il comptait trouver le salut.

Et beaucoup d’autres…

« Lourdes » nous raconte aussi l’histoire de la ville. Les intrigues qui ont accompagné sa transformation. Le cynisme de certains commerçants et d’une partie des ecclésiastiques, mais aussi la foi et le sacrifice des autres.

Il brosse un portrait juste et humain de Bernadette Soubirous, dont il nous livre une biographie complète.

Tout cela est ingénieusement construit, parsemé comme toujours d’immenses envolées lyriques, marqué par plusieurs scènes bouleversantes et d’une force inouïe.

L’auteur ne nie pas les guérisons, mais il leur prête une origine psychosomatique. Il n’adhère pas à la foi catholique. Il ne prétend pas connaître l’explication de tous les mystères de l’univers. Il ne cherche pas à convaincre. Il nous donne à voir une réalité sur laquelle il émet son opinion tout en laissant le lecteur libre d’y adhérer ou non.

Il développe un regard politique et social, s’interrogeant sur l’avenir de notre civilisation, devinant que la rupture avec le christianisme est d’ores-et-déjà consommée en cette deuxième moitié du dix-neuvième siècle et se demandant sur quelle force la postérité pourra désormais trouver appui. Zola ajoute ainsi à son immense talent littéraire la pertinence d’un visionnaire.

« Lourdes » est un chef d’œuvre de plus à l’actif de ce génie.

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