L’Immortel, première nouvelle du recueil L’Aleph, de Jorge Luis Borges

l-aleph

Un légionnaire romain part à la recherche d’un fleuve inconnu censé conférer l’immortalité à qui s’y abreuve. Il perdra tous ses hommes et sera gravement blessé au cours de son périple, traversant des endroits hostiles, s’enfonçant dans les entrailles de la terre, se perdant dans d’étranges labyrinthes, jusqu’à aboutir dans une ville déserte à l’architecture folle, absurde et monumentale, érigée sur les rives d’un fleuve inconnu au bord duquel vivent des troglodytes manifestement attardés.

Mais ce fleuve est celui qu’il cherchait et, après y avoir bu, il guérit et devient immortel. Il explore alors la ville avec excitation d’abord puis avec désespoir parce qu’elle est vide et qu’il n’en comprend pas la structure composée d’escaliers qui aboutissent à des murs ou qui se jettent dans le vide, à des coupoles vertigineusement penchées sur des gouffres abyssaux, à des pièces de toutes tailles dont il ne perçoit pas la fonction…

Oppressé, il s’en retourne auprès des troglodytes avec lesquels il tente vainement de communiquer pendant des mois ou des années (le temps n’a plus d’importance) jusqu’à ce qu’enfin l’un d’eux lui révèle leur secret : ayant eux aussi avalé l’eau du fleuve, ils vivent depuis un temps infini et ils se sont détournés peu à peu des choses matérielles, jusqu’à perdre le langage et toute sensation physique, ne vivant plus qu’en pensée. Avant d’en arriver là, ils ont cherché à travers toute la planète un fleuve qui aurait l’effet inverse et leur rendrait leur mortalité. Le légionnaire s’en va à son tour à la recherche de ce nouveau fleuve. Il le trouvera par hasard et redeviendra mortel. Il rédigera alors ce récit puis, voulant le parcourir à la fin de sa vie, il lui semblera que sa mémoire lui joue des tours ou qu’il n’a pas su transcrire son expérience.

Le récit du troglodyte est aussi l’occasion d’une réflexion profonde sur le temps : l’éternité étant infinie, toutes les possibilités s’y réalisent et s’y répètent, de sorte que tout ce qui se passe est à la fois un souvenir et un présage, que rien n’a plus de valeur, le Bien engendre un Mal qui engendre un Bien, toute œuvre est réalisée puis détruite (qu’elle soit belle ou insignifiante)…

La poésie ne tient ici pas tant dans le verbe que dans le récit lui-même, dans sa teneur comme dans les réflexions qu’il propose. L’écriture est belle cependant, bien qu’un peu sèche. On reconnaît la plume et l’inspiration de l’immense Borges.

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Une réponse à L’Immortel, première nouvelle du recueil L’Aleph, de Jorge Luis Borges

  1. Pda dit :

    Borges… immense !!!

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